Explorer les fonds marins : oui, mais… (voir la vidéo)

Explorer les fonds marins : oui, mais… (voir la vidéo)

Publié le 11 avril 2012

Le 25 mars dernier, James Cameron, réalisateur des films « Titanic », « Abyss » et « Avatar » (entre autres succès planétaires), a encore fait exploser les chiffres. Mais cette fois, il ne s’agissait pas de ceux du box-office. À bord du sous-marin Deepsea Challenger, il est en effet descendu à 10898 mètres de profondeur dans la fosse des Mariannes (océan Pacifique), l’endroit le plus profond du monde. Des distances qui n’avaient été atteintes à ce jour que par deux hommes, Jacques Piccard et Don Walsh, qui étaient allés en 1960 au-delà des limites atteintes par Cameron, mais en y restant beaucoup moins longtemps.

Le cinéaste, féru de grandes profondeurs, a pu ramener des images 3D de son exploration, qui ont permis de voir que la vie est bien présente même à près de 11 km sous la surface. Des échantillons de sédiments ont également été prélevés et plusieurs mesures ont été effectuées, qui permettront à la science d’en savoir plus sur les mystères des abysses.

Si un tel record suscite forcément l’admiration, il peut aussi engendrer certaines inquiétudes. La plupart des ressources énergétiques se trouvant en effet en mer, à de grandes profondeurs, l’homme pourrait être tenté d’y installer de plus en plus de gisements offshore, y compris dans des régions où les techniques nécessitées par de tels chantiers ne sont pas maîtrisées.

Robert Calcagno, directeur général de l’Institut océanographique de Monaco, a pointé du doigt ce problème lors d’une communication donnée peu après la fuite survenue à Elgin (mer du Nord) : « Au lendemain de l’exploit de James Cameron, […] un nouvel accident touche une plate-forme offshore et nous rappelle que l’exploitation des ressources des fonds marins n’est pas sans risque pour l’homme et pour l’environnement. Au fond, nous regardons surtout les ressources énergétiques et minières. […] À l’heure actuelle, 30 % du pétrole que nous consommons est déjà issu de champs offshore. L’essentiel des nouveaux gisements sont en mer, de plus en plus loin des côtes et en profondeur, jusqu’en Arctique. […] Nous savons pourtant encore bien peu de choses sur les écosystèmes des grandes profondeurs, extraordinaires en ce qu’ils puisent leur énergie des sources hydrothermales ou de dégagements de méthane et non de la photosynthèse, et qui pourraient pourtant nous apprendre beaucoup et nous apporter de nouveaux médicaments et composés.”

Des propos qui ne cherchent pas à dénigrer le travail de Cameron (et de tous les explorateurs qui l’ont précédé), mais qui mettent en garde la communauté scientifique et le grand public sur les possibles « dérives » que cela pourrait engendrer dans des écosystèmes encore peu connus et vierges de trace humaine.

 

- Crédit photo : ©Roger Steene/Image Quest Marine

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