Dossier

Cap sur les Maldives

Cap sur les Maldives

Il est des pays qui concentrent à eux seuls tous les ingrédients du bonheur subaquatique. Des atolls sauvages léchés par des lagons turquoise, des récifs coralliens propices à l’extase sous-marine et des eaux riches plébiscitées par les grands noms du règne animal. Les Maldives répondent sans fausse note aux critères paradisiaques. Et c’est en croisière que la grâce a le plus de chance de toucher vos masques.

Ce n’est pas l’envie qui nous a projetés sur le dhoni de plongée ce matin, aux aurores. C’est la rage. Car durant tout l’après-midi d’hier, nous avons balayé, ratissé avec nos yeux la surface d’un morceau d’océan Indien près de la côte. Résultat : nada, zéro requin baleine, pas de cerise sur le gâteau du soir ! Désespoir… C’était sans compter sur la persévérance de nos guides, Sean et Thomas. Expressions vivantes de la zénitude et de la discrétion absolue au milieu des braillards surexcités que nous sommes. Têtes froides sous des tignasses blondes délavées par la mer, regards fixés sur la ligne bleue des Vosges, tandis que nous râlions comme des poux.
Pour voir du gros, il faut envoyer du steak… Hier soir, après le dîner, Sean a fait une grosse tache de lumière sur l’arrière du Soleil en allumant un spot de 1000 Watts. Dans une eau couleur de piscine, une trentaine de rémoras sont venus se goberger de photons et d’alevins bleu électrique… Quant à l’imposante masse sombre ponctuée de macules blanches, sa caudale hallucinante n’ondulait que dans nos rêves psychédéliques, copieusement embrumés d’azote…

SURPRISE DE TAILLE SUR ARI ATOLL

Ari Atoll Nord… Une exclamation soudaine du pilote du dhoni a réveillé la douzaine de plongeurs léthargiques, et le rêve est brutalement devenu réalité : par 10 mètres de fond à peine, un requin baleine est identifié droit devant, offert comme un cadeau, ondulant mollement dans une eau de cristal. Nous sommes divinement seuls sur le spot, c’est un jeune qui fait bien ses 7 mètres de long et il est “à nous”. Action ! La peste soit de nous autres, photographes et autres monomaniaques. L’animal est soudain abordé par un essaim de palmipèdes furieusement décidés à faire chauffer la carte mémoire. Nous sommes en formation photo, donc incontrôlables, avides, galvanisés par “maître Gilles”, un coach atypique qui attend de nous le meilleur pour le PowerPoint du soir. Du photoscope lambda jusqu’au reflex et son caisson dédié en or massif, nous tirons à vue, quand nous ne filmons pas, prêts à entrer s’il le faut dans la gueule de l’animal ouverte commeun réacteur de Boeing.
J’ai décidé aujourd’hui de m’extraire prudemment de la horde, et d’abandonner mon bloc pour une rencontre en apnée jubilatoire avec le plus grand poisson du monde. Mais lancé à fond dans mon trip mystique de Jacques Mayol à 10 rufiyaas, je maîtrise mal l’ouverture de mes chakras et me retrouve presque scotché sur le dos du Léviathan ! Mon effusion ne lui convient guère ; le voilà qui enclenche la seconde, direction le large. Il sonde, je palme comme un dératé pour le tenir à portée de regard, je suis seul avec lui maintenant… Catastrophe, sur le bateau, ils vont me lyncher ! Au moment où je ne distingue plus que les étranges macules blanches comme une voie lactée dans le grand bleu, sur le bourrelet du tombant, il amorce un demi-tour vers le rivage. Sauvé ! L’escadrille d’apprentis photographes a rechaussé les palmes et enveloppé le grand squale. Hélas, les aiguilles des manomètres passent en zone rouge pour les bouteilleux qui décrochent un par un. Gilles a choisi comme moi l’apnée. Nous allons nous offrir 20 minutes de pur bien-être et d’image sous-marine en compagnie du doux géant…
C’est cela une croisière Nord aux Maldives, archipel aux mille ressources où le terme de “safari plongée” prend tout son sens, en basse comme en haute saison. Consulter la météo la veille, composer avec les vents, les courants et l’expérience pour pronostiquer un bloom planctonique près de tel ou tel atoll, et lancer les 280 chevaux du Soleil vers les plus emblématiques représentants d’un passionnant bestiaire. Une telle plongée à la carte mène immanquablement… aux mantas.

HANIFARU : LES MANTAS MÈNENT LE BAL
Baa Atoll, 17 octobre, fin de matinée. Le soleil plombe depuis deux jours et nous sommes en pleine basse saison, que l’on prétend menacée par la mousson et les vents de Nord-ouest… Ah bon ? Le saut du lit sur le coup de 6 h 30 fut raide, mais nous venions d’en prendre plein la vue sur Daravandhoo, en lente dérive le long d’un beau thila (sorte de sec) où un napoléon puis une raie aigle nous avaient dérouillé les mollets. Simple mise en jambes par courant faible pour la plongée de l’après-midi sur un spot dont nous retiendrons longtemps le nom : Hanifaru.
Plébiscitées dès le début de la croisière, les mantas sont là, enfin, curieusement alignées en file indienne, sublimes. L’eau affiche 31°C et le spectacle est d’une harmonie et d’une grâce à tomber à la renverse. Bouches grandes ouvertes comme des calandres d’automobiles, les grandes raies avalent l’océan Indien, retenant dans leurs peignes branchiaux les petits crustacés du krill. Emerveillés autant que balourds, gros insectes aquatiques maladroits éructant nos bulles, nous sommes les piètres figurants d’un ballet d’une élégance inouïe. Les raies festoient, relevant délicatement les ailes de leurs capes noires pour nous éviter, enchaînant des loopings d’une lenteur surréaliste. Bons, moyens ou mauvais, nos clichés respectifs immortaliseront cette déroutante beauté animale : harmonie parfaite des courbes du dos jusqu’à la pointe des ailes, étranges motifs charbonneux peints à l’estompe sur les manteaux noirs…
Gilles a mitraillé toute la sainte journée, sniper hyperactif, acrobate de la contre-plongée. Il nous présente dans le carré du Soleil un échantillon enthousiasmant de ses clichés du jour, et nous prédit une progression fulgurante. Bons élèves, nous filons recharger nos accus avant de sombrer dans un sommeil de bébé…

 

RASDHOO ATOLL : DES MARTEAUX DANS LA TÊTE
Le virus de la photo nous a attrapés, et comment… L’esprit du safari et la soif d’images nous auraient-ils rendus marteaux ? Après un café avalé à l’arrache à 5 h 30 du matin, nous voilà suspendus dans le grand bleu au large de Rasdhoo Atoll, à l’agachon à 25 mètres pour décrocher le scoop : les requins… marteaux. Sean mène le bal, caméra au poing ; Thomas ferme la marche de la troupe, divinement fluide. Ça y est, ça recommence ; je vois deux anges en peau de néoprène, et plus moyen de m’extraire cette musique des Pink Floyd de la tête… Bingo, je les distingue enfin, les marteaux. Il y en a des centaines, mille peut-être…
Au sec sur le banc du dhoni, j’apprendrai qu’il n’y en avait aucun. J’apprendrai surtout que fumer du Nitrox trois fois par jour pendant une heure dans une eau cristalline à 31°C, en compagnie d’une palanquée de “ravis de la crèche” comme moi est un plaisir inouï, et que je commence à peine à m’amariner.
Que dire de la suite de nos divagations marines en croisière Nord ? Qui saurait décrire les profondes cavernes aux parois de velours taillées dans le grand tombant de Kuda Thila, intégralement nappées d’alcyonaires jaune soufré et rose indien ? Qui ferait ressentir cette impression d’engloutissement total dans le jaune des bancs de lutjans ? Qui saurait expliquer les curieux appuis du poisson crapaud, la caresse de la houle sur le poisson feuille, le vol de la raie aigle ? Qui enfin, pourrait dessiner les tentacules des centaines d’anémones fuchsia balançant dans la houle d’Anemone garden à Fares, les volte-face nerveuses des amphiprions ? Ce sont des petits capteurs cachés dans une boîte étanche qui peuvent attraper au vol et décrire cela, avec leurs millions de pixels…
Repus, rincés, lessivés à l’eau de mer, nous dégustons les paroles de Gilles qui s’active sur fond de PowerPoint, luisant de sueur. Artisan du bâtiment métamorphosé en prof de photo sous-marine, il dessine des schémas d’optique avec ses mains abîmées par les coups de marteau et explique la balance des blancs avec des métaphores qui sentent le fenouil de la garrigue languedocienne. Le discours technique est d’une clarté surprenante, le message direct, la langue fleurie, et son analyse de nos travaux du jour est d’une justesse et d’une bienveillance qui forcent l’envie de casser la baraque dès le lendemain. Le maestro est au taquet. Il a un accroc énorme dans son short, mais tout le monde reste persuadé qu’il portait une blouse blanche…

 

À BORD DU SOLEIL

  •  Le navire

- Le Soleil, très confortable navire de Dune Maldives, mesure 28 mètres et possède 3 ponts.
- 6000 litres de réserve d’eau, 2 désalinisateurs.
- Moteur Yanmar 280 cv, vitesse 10 nœuds.
- Électricité 24 h/24, prises européennes 220 V.
- 8 cabines doubles climatisées avec lits juxtaposés. Douches et WC individuels et séparés. Capacité max : 16 passagers.
- Carré ventilé, projecteur, HI-FI et lecteur DVD, espace de chargement et stockage photo/vidéo.
- Un dhoni de plongée, annexé au Soleil, est équipé de 2 compresseurs, GPS, téléphones, O2, blocs alu 12 et 15 litres (DIN/INT), air et Nitrox dont un bloc équipé secours, matériel de premiers secours et défibrillateur.
- Nitrox : équipement de pointe (compresseurs à membrane). Formation Nitrox dispensée à bord.
- Principaux centres hyperbares à Bandos (atoll de Malé) et Kuramathi (atoll de Rasdhoo).
- Règles de plongées : profondeur 30 mètres max sans déco, parachute obligatoire, plongée solo interdite.

  • Une journée type sur le Soleil (2 à 3 plongées)

- 6 h :  réveil, thé/café.
- 6 h 30 : briefing de la 1re plongée sur le Soleil et départ depuis le dhoni de plongée.
- 9 h : petit-déjeuner à bord du Soleil.
- 10 h 30 : briefing de la 2e plongée sur le Soleil et départ depuis le dhoni.
- 13 h : déjeuner à bord du Soleil.
- 15 h : briefing de la 3e plongée sur le Soleil et départ depuis le dhoni.
- 17 h : snack, thé/café.
- 19 h : apéro, ou éventuelle plongée de nuit.
- 20 h : dîner.
- N.B. : en fonction des conditions (vent et marée, courant, météo…), les horaires peuvent varier considérablement d’une journée à l’autre.

INFORMATIONS PRATIQUES

  • La “Croisière Nord”

Ce reportage décrit la croisière Nord effectuée du 15 au 22 octobre 2011, durant la basse saison (août à novembre), particulièrement favorable à la rencontre des raies mantas. L’itinéraire, aménagé en fonction des conditions météo du moment – nous avons eu une pleine semaine de beau temps – et des desiderata des plongeurs, est un circuit dédié aux amateurs de biodiversité animale, riche d’une petite faune aux mille couleurs, mais réputé également pour ses rencontres fréquentes avec les grands pélagiques (raies mantas, requins marteaux et requins baleines) :
- Malé Atoll, côte Est : raies aigles, poissons feuilles, lutjans…
- Baa Atoll, côte Est et Ouest : napoléons, carangues, mantas à Hanifaru, grottes et alcyonaires…
- Rashdoo Atoll, face Sud : requins marteaux, tortues, raies aigles…
- Ari Atoll Nord : requins baleines à Gangehi.

  •  Comment  s’y rendre

Paris Roissy CdG/Muscat (Oman) avec Oman Aviation, puis Muscat/Malé (Maldives) avec Oman Aviation. Embarquement sur le Soleil au port de Malé. Bagages : 30 kg en soute, 5 kg de bagage à main.

  •  Les plus

- Deux guides très professionnels, sécurisants, dont la réputation n’est plus à faire.
- Un équipage maldivien d’une disponibilité et d’une discrétion unanimement appréciées.
- Des plongées superbes, à la carte.

  •  Le moins

- Le saut du lit, très matinal, mais Dame nature offre ses plus beaux cadeaux au lever du jour !

  •  Les contacts

- AMV Plongée : tél. 05 62 47 41 10 ; amv@amv-voyages.fr ; www.amv-voyages.fr
- Fun & Fly : tél. 0 820 420 820 (0,12 €/mn) ; www.fun-and-fly.com
- Subocea : tél. 0 826 88 10 20 (0,15 €/mn) ; www.subocea.com
- Dune Maldives : www.dune-maldives.com

 

Texte Pierre Camus, photos Gilles Di Raimondo

Pour un circuit hors-piste, retrouvez l’article de Damien Mauric paru dans le n°42 de Plongée Magazine

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